#Newsletter #2 Le syndrome de la page blanche existe, je l’ai rencontré.

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« … all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy all work and no play makes Jack a dull boy… ». Vous vous souvenez de cette même phrase écrite sur des centaines de pages par Jack Torrance dans The Shining de Stephen King ? Ces mots répétés à l’infini par manque d’inspiration… Qui n’a pas ressenti cette peur un jour ?

Perfide, cette angoisse s’insinue dans notre tête sous différentes formes : vous pensez tour à tour que vous n’y arriverez jamais ? Que tout le monde va trouver ça nul ? Perfectionniste, vous voulez écrire le Goncourt, sinon à quoi bon ? Vous ne savez rien faire, de toute façon ? Vos idées ne sont pas dans l’ordre ? Elles sont dans l’ordre, mais vous n’avez pas les bons mots… 

Le syndrome de la page blanche existe, il porte même un nom scientifique : la leucosélophobie. Comment déjouer ce blocage ? Avec un plan : affichez au-dessus de votre bureau, de votre lit, du miroir de la salle bains ou autre lieu de votre choix les huit droits de celui qui veut écrire.

  1. Le droit de ne pas écrire dans l’ordre
    Vous avez votre plan. Il est là, tout prêt et vous avez décidé de commencer par le commencement. Sinon, où va-t-on ? Sauf que là… vous séchez. Impossible de démarrer ce chapitre, votre esprit est ailleurs, votre humeur est plus conforme à cet autre passage, là, plus loin dans l’histoire. Allez-y ! Il sera toujours temps de revenir en arrière…
     
  2. Le droit de mal écrire
    Vous n’arrivez pas à écrire la première phrase, parce que vous n’arriverez jamais à la cheville de Flaubert ni d’Amélie Nothomb ? Mais savez-vous qu’ils ont écrit des heures et des heures avant de devenir les auteurs célèbres qu’ils sont ? Ils ont acquis des méthodes. Ciselé leur style. Pour Amélie Nothomb, c’est dans l’action que l’on résout les problèmes, elle écrit pour mieux écrire. Paul Auster travaille chaque paragraphe comme un dentellier jusqu’à ce que la « musique » en soit parfaite et cela peut durer plusieurs jours. Jean-Marie Gustave Le Clezio attire l’attention sur le fait qu’il ne faut pas confondre la « mise en récit », lieu de l’instantanéité, et la « dactylographie » qui est le lieu des corrections… Quoiqu’il en soit, vous ne serez jamais Flaubert, ni Paul Auster, ni Amélie Nothomb, ni Le Clezio. Au final, vous serez vous-mêmes. Et vous serez fiers d’avoir écrit.
     
  3. Le droit de jeter des idées.
    Évidemment. Jeter des idées, c’est déjà écrire. Cette phrase entendue à l’arrêt du bus l’autre jour. Ce jeune homme assis en face de vous au restaurant dont vous avez inventé la vie. Ce jardin dans lequel vous vous êtes arrêté pour respirer entre deux rendez-vous… Quels que soient les mots, ils vous mèneront à une histoire. Alors jetez, jetez…
     
  4. Le droit de faire un dessin.
    Et pourquoi pas ? Vous pouvez utiliser le mind mapping ou carte heuristique. Cette méthode permet de visualiser les cheminements de votre pensée, de suivre les correspondances, comme dans les couloirs du métro. Concrètement, comment ça marche ? Sur une grande feuille (ne prenez pas un post-it, ça ne servirait qu’à vous frustrer), inscrivez au centre le sujet ou thème que vous voulez aborder. Ensuite, en partant de ce point, reliez le mot, prénom, lieu, saison… auquel ce sujet est immédiatement associé dans votre esprit. Et déroulez la pelote jusqu’à remplir l’espace. Après, vous pouvez colorier ou illustrer le tout, tracer un arbre, une spirale ou une ville. Vous pouvez procéder ainsi, à l’ancienne, avec une feuille et des crayons, mais il existe aussi des logiciels de mind mapping. Quel que soit le support, ce schéma de pensée  peut vous aider à bâtir un plan ou à structurer votre récit.
     
  5. Le droit de m’arrêter au milieu d’une phrase
    Ce droit peut même s’avérer une excellente méthode pour échapper à l’angoisse de la page blanche. Car lors de la séance suivante, vous n’aurez qu’à terminer votre phrase. C’est d’ailleurs ainsi que procédait Hemingway. Bon, ne prenez pas la grosse tête non plus…
     
  6. Le droit d’effacer et de réécrire
    Plus qu’un droit, il s’agit presque d’une évidence. Qui écrit parfaitement du premier coup ? Qui n’a pas envie de modifier un mot, une phrase ou ne serait-ce qu’une ponctuation en se relisant ? Le plus difficile est plutôt d’arrêter de modifier ce que l’on a écrit pour avancer. Ou pour envoyer son manuscrit à un éditeur.
     
  7. Le droit d’écrire à la main
    John Irving écrit tous ses romans à la main. L’écriture n’est pas la même. Le mouvement de la main et la sensualité du glissement du stylo sur la feuille peuvent faire surgir des mots que le clavier étoufferait. La main est le prolongement du cerveau et l’écriture manuscrite ayant été apprise dans l’enfance, elle est presque instinctive. L’effort laisse sa place aux idées. Si vous n’êtes pas très à l’aise avec le clavier, il est fort probable que vos blocages disparaissent avec un crayon et un papier, faisant surgir, au détour des mots, spontanéité et émotion.
     
  8. Le droit de ne pas en parler
    Qui vous oblige à raconter ce que vous êtes en train d’écrire ? Vous écrivez pour être lu, certes, mais vous êtes en droit de choisir le moment où vous soumettrez vos textes au regard d’autrui. En attendant, vous pouvez déjà faire semblant que vous avez quelqu’un en face de vous (choisissez quelqu’un de bienveillant plutôt que votre pire ennemi) et lire à voix haute ce que vous avez couché sur le papier. Cela aura l’avantage de révéler d’éventuelles répétitions ou coquilles qui passent inaperçues dans le « feu de l’action ».

Et je peux vous garantir que, même si cette peur ne disparaît jamais totalement, elle se fera de plus en plus discrète avec le temps.

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