#Newsletter #3 L’écriture est-elle un sport comme un autre ?

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« … Pour moi, écrire des romans est fondamentalement un travail physique. L’écriture en soi est peut-être un travail mental. Mais mettre en forme un livre entier, le terminer ressemble plus au travail manuel, physique. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il faille soulever des poids, courir vite ou sauter haut. C’est pourquoi la majorité des gens ne voient que la réalité superficielle du travail d’écriture et s’imaginent que la tâche de l’écrivain nécessite simplement de rester tranquillement dans son bureau et de penser. Si vous avez la force de soulever une tasse de café, pensent-ils, vous pouvez écrire un roman.… » Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond.

Ce n’est pas en restant assis sur sa chaise que l’on écrit. Pourtant, il est nécessaire de s’asseoir sur sa chaise et d’y rester, sans quoi la feuille restera blanche. Dilemme. Heureusement, un grand nombre d’écrivains s’est penché sur la question. Créant des parallèles entre la mécanique du corps et les rouages de l’esprit. Haruki Murakami et son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond en est un exemple, mais vous aurez peut-être lu aussi Emmanuel Carrère, adepte du yoga à forte doses ou Jean-Christophe Ruffin, parti habiter au pied du Mont Blanc pour pratiquer l’escalade sans parcourir des kilomètres, ou encore Lola Lafont, danseuse de ballet dans l’âme avant d’être écrivaine… Bref, vous l’aurez compris, l’écriture implique un rapport au corps et au mouvement que chacun exerce en fonction de ce qu’il est au plus profond de lui.

Vous pourrez trouver dans votre rituel sportif une passerelle qui vous ramènera dans le monde social, comme le fait Luc Lang, qui se rend au dojo après ses journées d’écriture en solitaire, car le karaté le rend disponible aux autres et à la société. Ou, au contraire, commencer votre journée en allant courir pour réveiller votre esprit, comme Céline Coulon qui trouve dans la régularité de ses pas un excellent moyen de développer et de construire ses histoires et ses personnages…

Chacun adoptera la pratique qui lui conviendra le mieux. Que l’on ait besoin d’aiguiser sa ténacité, de se pousser à aller plus loin, de réaliser un exploit qui semble a priori inaccessible, de comprendre à quel moment le repos devient indispensable et jusqu’à quel point avoir confiance en ses ressources.

Attention, il ne s’agit pas de fuir ou de se défouler. De se lever de sa chaise parce que le bon mot ou le bon rythme ne vient pas, mais plutôt de se créer un espace de méditation, une « chambre à soi » comme le disait Virginia Wolf. L’écriture est un lieu de solitude, même si l’on emporte toujours avec soi ses personnages, l’histoire et sa construction ne viennent qu’avec un certain état. Les rituels existant dans toute pratique sportive permettent d’atteindre cette semi-conscience qui libère les idées et les affine en cadence. En se mettant « en marche », un dialogue entre le physique et l’esprit se met en place. Les obsessions se transforment en mots, phrases, paragraphes et chapitres. Peut-être que votre routine sportive consistera à laver vos carreaux, passer la serpillère ou étendre une machine, peut-être aussi préparerez-vous des petits plats… Peu importe, le tout est de trouver votre espace personnel.

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