#Newsletter #4 La routine est-elle l’ennemie de l’inspiration ?

Businessman help another man turn on wind-up key in back

Babe, I got you babe… Vous vous souvenez de cette scène du réveil qui se déclenche sur ce refrain de Sonny and Cher à 6h, le 2 février, jour de la marmotte. Dans ce film – Un jour sans fin – Phil Connors (interprété par Bill Murray) tente par tous les moyens d’échapper à cette journée qui se répète à l’infini et finit par comprendre qu’à l’intérieur de cette routine, il peut tendre vers la perfection…

Il est d’usage d’opposer discipline et créativité. Ordre et liberté. Et si pour s’exprimer, la créativité avait justement besoin de la discipline ? Comme s’il fallait lui tracer un chemin pour qu’elle ne se perde pas en route. Et s’il fallait être prêt à l’accueillir (la cueillir), pour que la muse se présente à nous ? Selon Picasso, « l’inspiration existe, mais elle doit te trouver au travail ». Si l’on en croit les nombreux témoignages d’écrivains célèbres, il n’était pas le seul à provoquer la muse en duel au quotidien plutôt qu’attendre son bon vouloir.

Thierry Hesse, par exemple, se met en voix pour trouver la voie : il lit durant un quart d’heure des pages énergétiques puisées chez Faulkner, Homère ou Shakespeare. Ce quart d’heure est pour lui une transition entre la vie ordinaire et le temps extraordinaire de l’écriture. Lydie Salvayre se rend « n’importe où » pour écrire, pourvu que le lieu soit hors de son quotidien, « plus c’est n’importe où, mieux c’est » dit-elle. C’est ainsi qu’elle atteint le niveau de solitude qui lui permet d’aligner les mots : salle d’attente, banc public, terrasse… tout, tant que ce n’est pas chez elle. À l’inverse, Philippe Besson ne peut écrire que dans « sa tanière », là où personne d’autre n’est autorisé à pénétrer. Stephen King fait passer la routine au niveau supérieur : « j’ai un verre d’eau ou une tasse de thé. Je me suis assis de 8h00 à 8h30, quelque part dans cette demi-heure tous les matins, je pense. J’ai mis ma pilule de vitamine et ma musique, je me suis assis dans le même siège, et les papiers sont tous arrangés au même endroit… Le but cumulatif de faire ces choses de la même manière chaque jour semble être une façon de dire à l’esprit, tu vas bientôt rêver ». Murakami, dont je vous ai déjà parlé dans la newsletter précédente est aussi un expert en routine « … je me lève à quatre heures du matin et travaille pendant cinq, six heures. Dans l’après-midi, je cours pendant dix kilomètres ou je nage pendant quinze cents mètres (ou fais les deux), puis je lis et écoute de la musique. Je me couche à neuf heures du soir. Je continue cette routine tous les jours sans variation. La répétition devient l’important. C’est une forme de mesmerisme. Je m’immobilise pour atteindre un état d’esprit plus profond. ». Kurt Vonnegut fait des pompes et des cures de sommeil « Je me réveille à 5h30, travaille jusqu’à 8h00, profite du petit-déjeuner à la maison, travaille jusqu’à 10h00, marche quelques pâtés de maisons en ville, fais des courses, vais à la piscine municipale voisine, que j’ai pour moi tout seul et nage pendant une demi-heure, je retourne à la maison à 11h45, je lis le courrier, je déjeune à midi… Je fais des flexions et des cures de sommeil tout le temps, et je me sens comme un peu maigre et musclé, mais peut-être pas. ».

Certains avaient même recours à des routines pour le moins extravagantes. comme les nudistes, J.D. Salinger ou James Ellroy qui ne supportaient pas qu’un vêtement empêche leur inspiration de glisser jusqu’à la feuille de papier. D’autres ne pouvaient supporter la position assise. Comme Hemingway, Virginia Woolf ou Vladimir Nabokov. Philipp Roth ne pensait qu’en mouvement et écrivait debout, pour pouvoir marcher entre chaque phrase. Quant à Victor Hugo, il stimulait son imagination en prenant des bains glacés.

Vous l’aurez compris, la routine est votre amie. Mais elle est surtout totalement personnelle. Testez, provoquez, essayez… Pour trouver la vôtre, le plus important est :

  • de vous installer chaque jour à l’endroit qui vous tiendra lieu de bureau,
  • d’éviter le chaos (coupez-vous de tout ce qui pourrait vous distraire),
  • de vous préparer physiquement à ce temps d’immobilisme,
  • de vous fixer un objectif raisonnable,
  • et surtout de profiter des pauses que vous vous accorderez.

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