La vie est belle

Jours 21.
Je n’en peux plus de moi. Je ne sais plus quoi faire entre ces quatre murs. Enfermée. Cloîtrée. Isolée… J’égrène des synonymes depuis deux jours. Je cuisine. Je mange. Je bois du thé. Des litres et des litres. Je cuisine encore. Je mange. Beaucoup. Je re-bois du thé. Je tourne en rond. Je parle. Seule. Ou pas. Au téléphone, en vidéos apéros et autres réseaux sociaux, nos nouveaux lieux de rencontre. Notre semblant de vie sociale. Petit goût de pas assez qui me rappelle ma vie d’avant. Il y a si peu de temps. Et je me pose la question. Pourquoi l’ai-je quitté ?
J’aurais pu attendre, ce confinement nous aurait peut-être offert une nouvelle chance. À moins qu’il n’eût révélé la criminelle en moi. Enfant, j’adorais cramer les fourmis à travers une loupe au soleil et encore plus écraser les moustiques entre mes mains. PAF ! Prends ça. Quand je l’ai quitté c’était un peu pareil, PAF ! Comme ça. D’un coup d’un seul. Il a prononcé un mot de trop ou fait un geste de trop, je ne me souviens plus. Pas de préavis. Pas de préméditation. Paf ! D’ailleurs, je crois qu’il n’a toujours pas compris. J’ai été incapable de fournir une explication qui lui convienne. C’était comme un instinct de survie. Il fallait que je parte. Là. Maintenant. Et bizarrement, depuis le début de cette quarantaine, seuls les bons souvenirs me reviennent. À me remuer comme un couteau dans la plaie. Les fous rire sans raison aucune, les discussions sans fin à propos de tout et de rien, les nuits blanches à danser, à parler, à baiser, les week-ends à gauche et à droite, les vacances sur les routes de France et d’ailleurs. Il adorait me faire des surprises. J’adorais le faire rire. Pourquoi donc l’ai-je quitté ? Puis ça me revient.
Cet écrasement proche du ressenti de ces jours de confinement. Cette impression qu’entre nous tout était joué. Cette sensation d’avoir un couvercle sur la tête. Clara disait de nous « on dirait que vous vous connaissez depuis toujours ». Elle pensait sans doute me faire plaisir mais pour moi, cela résonnait tout autrement. Comme si je n’avais plus rien à attendre de la vie. Enfermée pour toujours avec mon double. Après 21 jours de quarantaine en solitaire, je peux affirmer sans aucun doute que cela ne révèle rien de bon. La folie n’est pas loin.
Il doit être 20h, j’entends le son des applaudissements, se mêlent des clong de cuillères en bois sur des casseroles, des vuvuzelas et une trompette, j’ouvre la fenêtre, regarde les autres et je le vois. La trentaine, brun, barbu, chevelu, concentré, il joue pour toute la rue, c’est sublime. Ce n’est pas Ibrahim Maalouf mais c’est beau. La dernière fois que je lui ai parlé, Clara était prête à parier que j’allais rappeler mon ex après tout ça. Là, ce soir je tiens ma réponse. Non. Certainement pas. Quand ce sera terminé, je vais rencontrer un trompettiste ou peut-être un pianiste ou même un guitariste, qui sait ?

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