Les amants du Corona

Je n’étais pas sûre qu’il me manquerait. À vrai dire, j’étais sur le point de le quitter. De rentrer dans le droit chemin. Pour le meilleur et pour le pire avait dit le prêtre. Lui, qui n’a clairement pas le niveau d’expérience requis pour être crédible sur le sujet. Moi, en revanche, après un mariage raté, un enfant né d’une deuxième union et en pleine noyade dans un deuxième mariage je peux dire que j’en connais un rayon. Le meilleur, par contre, m’échappe quelque peu…
L’ennui, les engueulades, la fameuse charge mentale liée à l’organisation entre boulot, ménage, courses et enfants… Je ne voyais pas dans quel interstice pouvait se glisser la moindre étincelle de « meilleur ». Non. Je ne cherchais pas l’aventure. Je me sentais à peu près aussi sexy qu’un bidet. Les kilos laissés en souvenir de mes deux grossesses s’étaient empilés comme des Legos sur mes fesses et mes hanches. Alors, quand il m’a abordée, je n’ai pas compris. Vraiment. Il a insisté pour qu’on aille prendre un verre, a cessé de faire des allusions, a été direct. J’ai enfin compris. Je ne voyais pas comment caser un amant dans mon planning, mais j’avoue, j’étais tentée. Il était là, au bon moment, au bon endroit, avec la bonne attitude. Il semblait aussi libre que j’étais engluée dans ma vie. Alors, l’espace s’est créé de lui-même. Comme de petites bulles d’oxygène. Plop ! J’étais de nouveau une femme. Plop ! J’aimais de nouveau faire l’amour. Plop ! J’étais moi-même. Et je me suis aperçue que je me manquais depuis longtemps. Très longtemps. Et j’étais bien. Si bien que ça a commencé à se voir. Si bien que mon époux s’est mis à me regarder de nouveau. Soudain, le désir était de retour entre nous. Alors, j’étais prête à quitter mon amant. À retrouver ma famille comme on rentre de voyage.
Et là, le confinement. Comme une claque. Comme un signe. J’allais de nouveau trouver un équilibre avec ma famille. Une semaine, deux semaines… La réalité m’a rapidement rattrapée. Mais quelle quiche ! Comme si le confinement c’était L’île aux enfants ! Les ados déchaînés qui détestent leur mère, le mari qui se met au running et qui n’est jamais dispo pour aider, moi, qui n’y comprend rien aux ordinateurs et qui me retrouve à faire des visioconférences en plus du reste. Et les cheveux blancs qui font surface, et les kilos qui s’entassent, et les cris, et les murs qui semblent se rapprocher. Elle est loin, L’île aux enfants. Alors j’ai commencé à penser de nouveau à lui. Je me suis enfermée une première fois dans la salle de bains pour lui écrire. Il a répondu présent. Puis, c’est devenu une petite routine, un rendez-vous clandestin dans ma salle de bains. De petits SMS pour me sentir en vie. Pour lire ses mots doux. Pour revoir des images de ces bulles d’oxygène apparaître sur l’écran de mon téléphone. Plop !

Colette m’a demandé si je voulais quitter mon mari quand le confinement prendra fin. Non. Je ne veux pas le quitter. Je veux revoir mon amant pour retrouver mon mari. Et ma vie.

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