Confit de charge mentale

Il a fallu s’adapter. Vite. Passer à l’action. Faire comme si tout allait bien. Faire comme si je n’étais pas inquiet. Je manage dix personnes dans ma boîte depuis trois ans, je vais bien réussir à gérer les cours de deux enfants en CM1 et en 6ème. Non ? Si ? J’étais positif. Enthousiaste. Enfin un peu de temps dans mon quotidien avec Hugo et Adèle. Quality time comme on dit dans ma boîte.

Pour le boulot, nous avions bien anticipé et le télétravail était en place avant le début officiel du confinement. Je ne dirais pas que j’étais serein, mais presque. Pour les courses, j’avais trouvé un créneau de livraison avec le Monop d’en face. J’avais passé une nuit entière à établir et dessiner à la main un règlement intérieur pour éviter les débordements entre les deux enfants : leur mère m’avait fait un sermon sur les écrans et les bagarres. Elle m’avait aussi expliqué leur programme pour que je puisse m’organiser et libérer du temps afin de les aider dans leurs devoirs. Alors, j’avais fait un planning pour chacun, avec un système d’autocollants pour chaque matière ; prévu des vidéos de sport pour qu’ils se défoulent – et moi aussi. Grâce à mon boulot, j’ai pu récupérer un ordinateur portable pour chacun d’eux, histoire d’éviter les disputes. Une chance ! J’avais même eu le temps d’astiquer l’appart et de réaliser, par la même occasion, que mon homme de ménage est une fée. Bref. Trois nuits que je ne dormais pas mais j’étais prêt. Légèrement inquiet mais prêt.

Vendredi soir est arrivé, j’ai préparé mon attestation, mis mon masque, mes gants… Récupéré mes enfants. Tout allait bien… Jusqu’au lendemain matin.

Dès le petit déjeuner, Hugo était en larmes, ne voulait pas travailler, Adèle n’avait pas faim, le téléphone sonnait sans cesse, le site de l’école d’Adèle plantait. C’était cris et hurlements… À quinze heures, aucun de nous n’était douché ni n’avait commencé à travailler, j’étais au bord de la crise de nerfs… Là, à cet instant précis, j’ai pris une décision : j’ai attrapé le DVD de Toy story, allumé la télé, préparé un chocolat chaud et je les ai installés tous les deux sur le canapé.

Soudain, le silence. J’ai enfin rappelé mes collègues et éteint le feu au boulot, mes enfants avaient retrouvé le sourire… Je me suis installé entre eux deux un peu avant la fin du film. Juste à temps pour les sentir s’abandonner à une petite sieste dans mes bras. J’inspire, j ‘expire… Je vérifierai les agendas de tout le monde un peu plus tard. J’avais pris la meilleure décision de ma vie… Vingt minutes plus tard, j’ouvrais les yeux. Dans mon rêve, j’étais à Disneyland avec mes enfants. Nous n’y sommes jamais allés. Dès que tout ça prend fin, je réserve des billets. « You got a friend in me… You got a friend in me…»…

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