Attache-moi

Ils s’appelaient Eric, Xavier, Olivier, François, Abel, Thomas… Avec chacun d’eux, j’ai passé quelques soirées. Jamais plus de trois. Dès qu’ils commençaient à me parler d’eux, je me lassais et repartais.
J’aime les premiers frissons, le jeu de séduction. Je ne recherche pas l’intimité. Encore moins une relation amoureuse. Cette fois, l’élu se prénomme Benjamin. Pas de « slt », pas de « sava », de vrais messages de plus de trois mots. Et aucune faute. Des messages drôles. Intelligents. Des messages qui répondent aux miens. Une conversation. C’est si rare sur Tinder, je ne pouvais passer à côté. Nous étions d’accord pour nous voir mais le confinement a contrarié nos plans.
Nous en avons ri et poursuivi nos échanges, faisant plus ample connaissance, jouant de toutes les armes disponibles pour nous séduire à distance. Par téléphone. Puis en FaceTime. J’étais la marquise de Merteuil, il était le vicomte de Valmont. Après nos échanges, mes nuits se peuplaient de rêves érotiques. Progressivement, je suis devenue accro à nos rendez-vous, à nos jeux.
Puis, un jour, j’ai senti que je basculais. Je guettais son appel. À vingt deux heures, je n’avais pas de nouvelles. J’ai tenté de le joindre. Sans succès. J’en étais folle. Je suis passée des Liaisons dangereuses à Eyes wide shut. Je me suis couchée. J’ai fini par m’endormir. La nuit fut agitée. À mon réveil, j’étais en eaux, troublée, perturbée, hystérique. J’ai vérifié l’heure de sa dernière connexion sur tous les réseaux. Crise de jalousie. Je me sentais comme un fauve en cage. Consciente du ridicule de la situation, vu que notre relation était purement virtuelle. De quoi donc étais-je jalouse ? De quel droit ? Je me suis mise à faire le ménage de fond en comble dans mon appartement pour la millième fois depuis le début de ce confinement. Il m’a appelée en fin de journée. Je n’ai pas décroché mais j’ai écouté le message qu’il m’avait laissé. Il s’excusait, me provoquait, le son de sa voix m’a plongée dans un état de manque digne de Trainspotting. Une vraie junkie. J’ai lu des études sur le sujet : les bébés peuvent mourir s’ils n’ont pas de contacts physiques. L’humain a besoin de caresses. Même virtuelles…
Alors quand Carole m’a demandé ce que je ferai à la fin de ce confinement, j’ai répondu sans hésiter que je viendrai chez elle pour la serrer dans mes bras.

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